Qu’est-ce que j’ai écouté de bien cette année ? (d’avril à juin 2026)

Après un premier trimestre de qualité, le deuxième trimestre de l’année 2026 est arrivé avec deux albums que j’attendais tout particulièrement et qui se sont révélés être de fort belle qualité : Social Distortion et Ecca Vandal. En tout, ce ne sont pas moins de 12 sorties qui ont passé le cut et dont je vais vous vanter les mérites dès maintenant.
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- Win And Lose, Compete
- Fear Of, Commitment
- Unadulterated, Roman Candle
- This is Jackie Mendez, Jackie Mendez
- EP CINÉMA, Dynamite Shakers
- Born To Kill, Social Distortion
- Forever, Risk
- LOOKING FOR PEOPLE TO UNFOLLOW, Ecca Vandal
- Super Atomic, The Aggrolites
- Bingo!, La Sécurité
- Are You Even Happy Now?, Adult Magic
- CRASH!, RAT BOY
Win And Lose, Compete (01/04)
Hardcore, Vienne (Autriche)
Blast beats, riffs groovy ou beaucoup plus directs : Compete aime varier les plaisirs et propose un hardcore dans la plus pure tradition. Huit titres en moins de dix minutes pour se chauffer d’entrée de jeu, et c’est bien assez pour commencer à transpirer.
Fear Of, Commitment (03/04)
Hardcore, Philadelphie (États-Unis)
« Anti-Imperialist. Free all oppressed people from colonial regimes« . Ça, c’est de la bio qui annonce la couleur. Groupe aux textes résolument engagés, Commitment peut notamment compter sur le chanteur de Soul Glo derrière les fûts et sur d’autres musicien·ne·s de diverses formations.
Les compos sont agressives, parfois très rapides et souvent chaotiques (rappelant Thirdface). En album c’est déjà convaincant, mais en live je n’imagine pas la claque que ça doit être vu le style et la débauche d’énergie qu’il doit y avoir derrière.
Unadulterated, Roman Candle (24/04)
Post-hardcore/screamo, Las Vegas
Un mélange de fureur et d’émotion. Comme bien d’autres groupes de la même trempe, Roman Candle dégage une grande puissance sonore et imprègne ses textes de revendications et d’histoires personnelles. Sur Unadulterated, on a tous les ingrédients qui font la particularité du genre. Il y a notamment l’alternance entre riffs metalcore déstructurés et arpèges, et celle entre hurlements et passages parlés façon complaintes (comparable par moments à une formation comme La Dispute).
On a aussi droit aux titres de chansons à rallonge, basés sur des phrases complètes et lourdes de sens. Je ne suis pas forcément le plus grand fan de screamo ou de tout ce qui s’en rapproche, mais voici un disque qui m’a plutôt convaincu. Un bon concentré de chansons aussi rageuses que tourmentées.
This is Jackie Mendez, Jackie Mendez (24/04)
Rocksteady/reggae/soul, Los Angeles
C’est sorti en 2026 mais ça sonne comme si c’était sorti dans les années 60. Il n’y a que la prod’ qui rappelle que c’est bien quelque chose de récent tellement Jackie Mendez et son backing band maîtrisent à la perfection le son jamaïcain de cette époque.
On y trouve du early reggae (No Winning, Danger), du rocksteady (Baby I’m Yours, He’s Got a Hold, Red Flag), du ska (Should I ?, Come Back to Me) et même du dub (Closer) ou de la soul (He Used To Be My Baby, Back Burner). Il y a du piano, de l’orgue, des cuivres, et bien d’autres sucreries qui accompagnent une jolie voix.
Un disque doux comme un petit déjeuner en terrasse, assis face à une plage paradisiaque des Caraïbes ou de Californie.
EP CINÉMA, Dynamite Shakers (06/05)
Garage rock, Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée, France)
Après leur superbe premier album en 2024, voici qu’iels reviennent avec un nouveau disque dans la même veine, à savoir un rock quelque part entre Téléphone, The Libertines ou encore The Vines. Un EP tout en français svp – ce qui est toujours appréciable – où le chant est partagé à parts égales ou presque entre la bassiste et le guitariste.
La mélodie et le punch s’y entrechoquent allègrement, et des titres comme CINÉMA ou Nightclub dont les paroles restent en tête sonnent comme de véritables hymnes taillés pour le live.
Pour terminer, on retrouve l’excellent Juste pour toi d’une pureté sonore telle qu’on a du mal à croire que ça a été enregistré lors d’une live session.
Une nouvelle sortie qui, de mon point de vue, est encore plus qualitative que la précédente. Vu leur jeunesse, on ne peut qu’être enthousiaste pour la suite et leur souhaiter une carrière couronnée de succès.
Born To Kill, Social Distortion (08/05)
Punk, Fullerton (Californie, É.-U.)
Il était attendu de longue date, et il a enfin fini par voir le jour. Pratiquement annoncé depuis la sortie de son prédécesseur en… 2011, ce nouvel album des vétérans de Social Distortion est arrivé début mai. Évidemment, il n’était pas prévu de mettre 15 ans pour produire le dénommé Born To Kill, mais de nombreuses circonstances ont fait que ça a été si long : des tournées incessantes, une volonté de perfectionner encore et toujours chaque morceau, et un cancer des amygdales (heureusement soigné) qui a fini par toucher Mike Ness, le leader de la formation.
Inévitablement, les attentes des fans ont augmenté et l’impatience fut de plus en plus présente : il faudra donc que ce disque soit particulièrement copieux pour ne pas ressembler à un échec cuisant. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça commence fort avec un titre éponyme particulièrement énergique : un riff rock’n’roll assez basique mais ô combien efficace et la voix puissante de Mike Ness pour couronner le tout. On entendrait presque des réminiscences de l’époque Mommy’s Little Monster par moments.
Suit No Way Out qui, comme Don’t Keep Me Hanging On plus bas dans la tracklist, est un morceau qui date de l’époque White Light, White Heat, White Trash mais qui n’avait pas pu être finalisé à temps. De toute évidence, ça s’entend : trois accords (et quelques variations) quasiment répétés ad nauseam pour un son punk rock de bad boys.
Vient en troisième The Way Things Were qui renoue avec la tradition des morceaux aux influences country (mais de la country sous stéroïdes). Tonight pour sa part, me rappelle furieusement Story of My Life, mon morceau préféré du groupe : une mélodie particulièrement mélancolique, des chœurs omniprésents, une batterie galopante, des guitares qui partent un peu dans tous les sens, bref encore un morceau imparable de la part de Mike Ness et de ses ouailles. Dans la foulée, Partners In Crime se fait entendre et vient confirmer un très bon début d’album.
Arrive le premier temps faible avec Crazy Dreamer, ballade bluesy au piano de saloon (et en featuring avec Lucinda Williams) qui me laisse assez dubitatif. Ness a de nombreuses influences, il ne s’en est jamais caché et a toujours pioché dedans, mais pour moi c’est trop éloigné du rock pour que ça me plaise. Même topo pour la reprise du Wicked Game de Chris Isaak : ça manque clairement de personnalité. Le chant est très bien exécuté, la musique est très proche de l’originale (avec bien plus de guitares toutefois), mais on ne retrouve pas la patte Social Distortion. Quand on se souvient des reprises de Under My Thumb (The Rolling Stones) et de Ring of Fire (Johnny Cash), bien plus énergiques et punk, c’est quand même dommage.
La dernière partie de l’album voit défiler le très rock’n’roll Walk Away (Don’t Look Back), Never Goin’ Back Again (qui a un côté Drug Train sur le riff du couplet), Don’t Keep Me Hanging On et enfin Over You, nouveau morceau archi-rock’n’roll. Cette fin de disque manque peut-être d’un titre phare et de variété, je la trouve en tout cas bien moins intense que les cinq chansons d’ouverture.
Quoi qu’il en soit, on peut dire que leur retour discographique, après des années et des années d’absence, est globalement réussi. Certaines des compositions présentes sur Born To Kill promettent déjà de devenir des hymnes pour les années à venir et des passages obligés en live. Je n’avais pas forcément d’attentes démesurées ni de grandes craintes, j’avais plutôt peur d’un album quelconque : tel ne fut pas le cas.
Forever, Risk (13/05)
Hardcore, Boston (États-Unis)
Difficile de savoir qui est le moins original entre le nom de l’EP et le nom du groupe. Qu’importe : on est face à un hardcore particulièrement lourd, au chant puissant, avec des featuring pratiquement à chaque morceau. Pas d’une grande originalité ni d’une grande variété (juste des riffs de guitare incisifs), mais ça répond aux attentes.
LOOKING FOR PEOPLE TO UNFOLLOW, Ecca Vandal (22/05)
Punk/hip-hop, Melbourne (Australie)
Il se faisait attendre, et il est enfin là. Premier LP de l’artiste australienne depuis 2017, LOOKING FOR PEOPLE TO UNFOLLOW (quel nom génial) est l’élément qui doit définitivement installer Ecca Vandal dans la catégorie des incontournables.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cet album répond aux attentes suscitées par les différents extraits sortis ces derniers mois. Il s’ouvre sur un enchainement de titres dans une veine punk/noise dont les tubes BLEED BUT NEVER DIE, CRUISING TO SELF SOOTHE et MOLLY qui se succèdent comme à la parade.
À partir de là, on entre dans un monde opposé, comme si on avait changé de disque. On va retrouver des chansons et des interludes dans le registre du hip-hop, de la jungle, du trip hop, de l’électro, etc. Un peu comme si on avait mis sur une même compilation Death Grips, Goldie, Tricky ou Santigold. Et au beau milieu de tout ça se cale DANCE IN DEBT, dans la plus pure lignée des titres punk hardcore que les Beastie Boys plantaient entre deux pistes de rap alternatif.
Ce qui est également remarquable, c’est sa faculté à jouer sur différents registres vocaux, des lignes mélodiques montant dans les aigus jusqu’au chant éraillé à la limite du guttural. On pourrait presque croire que l’on a plusieurs interprètes tellement le grand écart est surprenant.
En conclusion, Ecca Vandal a su créer un univers et un son bien à elle, n’hésitant pas à changer radicalement de style d’un titre à l’autre et à pousser les limites des genres, tout en gardant je trouve une sensibilité pop. Avec son co-producteur, iels semblent avoir trouvé un processus créatif idéal et inventé en quelque sorte un concept dont on se demande bien jusqu’où ça peut les mener. Inutile de dire que les attentes seront encore plus grandes pour la suite et qu’iels ont, une fois de plus, toutes les capacités d’y répondre.
Super Atomic, The Aggrolites (05/06)
Skinhead reggae, Los Angeles
Un retour qui fait plaisir. Après une absence discographique de 7 ans depuis la sortie de REGGAE NOW! (qui est mon album préféré de 2019), les Californiens ont remis le bleu de chauffe pour nous délivrer 11 nouveaux titres dans le plus pur style Aggrolites.
Morceaux instrumentaux ou non, variations entre early reggae, rocksteady et compositions mâtinées de soul, solos de guitare bien sentis et parties de clavier frénétiques : leur cocktail fait toujours mouche. Parmi toutes les formations influencées par la culture skinhead reggae, elle est pour moi celle qui se rapproche probablement le plus des références de l’époque, tout en gardant une production et des sonorités résolument modernes.
Est-ce Jackie Mittoo ? L’une des nombreuses incarnations de Lee « Scratch » Perry ? Vous avez tout faux : ce sont Jesse Wagner, Roger Rivas et leurs acolytes.
Bingo!, La Sécurité (12/06)
Post-punk, Montréal
La Sécurité, c’est un nom de droite pour un groupe à la musique clairement de gauche. Une batterie implacable, une basse on ne peut plus entreprenante, des guitares acérées et des bizarreries sonores omniprésentes servent de fond sonore à des paroles alternant entre le français et l’anglais.
Nous sommes bien en 2026 mais on se croirait retourné·e·s aux plus belles heures de Devo, Gang of Four ou Delta 5. Par exemple, les titres Deny et Detour où les lignes de basse particulièrement funky feront remuer n’importe quel popotin.
« Art punk », « dance punk », qu’importe la dénomination que l’on peut coller à Bingo!, c’est un album qui donne envie de se laisser aller à quelques mouvements incontrôlés et incontrôlables. Pour ne rien gâcher, les singles sont accompagnés de clips franchement barrés, faisant la part belle aux expérimentations visuelles et au kitsch.
Are You Even Happy Now?, Adult Magic (19/06)
Indie punk, Long Island (New York, É.-U.)
Supergroupe provenant de l’état de New York, Adult Magic propose un punk aux forts accents mélodiques, plein de guitares distordues qui dégoulinent et de chœurs entrainants. Ça fait penser à Hot Water Music, The Lawrence Arms voire Dinosaur Jr. Idéal pour préparer un barbecue au bord de la piscine cet été et répondre par l’affirmative au titre de l’album.
CRASH!, RAT BOY (26/06)
Pop punk, Chelmsford (Angleterre)
Jordan Cardy n’était qu’un étudiant quand il commença à publier de la musique sur SoundCloud sous le sobriquet de Rat Boy. Plutôt touche-à-tout, ses créations mélangent le rock indé au hip-hop ou au punk dans une veine rappelant les Transplants, side project (entre autres) de Tim Armstrong, le leader de Rancid dont j’ai abondamment parlé ici.
Et devinez quoi ? L’excellent CRASH! de Cardy et ses potes vient de sortir sur Hellcat Records, le label d’Armstrong, qui l’a aussi co-produit, a enregistré certaines parties de guitare et participé à son écriture. Rien que ça !
Forcément, on retrouve sa patte d’une façon ou d’une autre : BROKEN, le titre d’ouverture, pourrait se retrouver sur n’importe quel album de Rancid tellement ça sonne comme un morceau signature de la formation californienne. Globalement, on reste dans une trame punk tournant autour de 3-4 accords, avec une basse qui claque et un chant mélodique. SICK OF IT est également un bon exemple de l’énergie et du côté brut de décoffrage qui se dégagent de ce disque au processus d’enregistrement quelque peu excentrique.
Parmi les rares originalités, notons THE RIVER rappelant les Transplants ou les Clash et BLIND qui fait furieusement penser aux Jam sur le refrain.
18 morceaux et 41 minutes d’avalanche punk pour venir conclure de la plus belle des manières ce top, pourquoi s’en priver ?
Voici un nouveau trimestre de bouclé. Et si l’on se retrouvait au prochain ? Réponse dans trois mois (au mieux).


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