Pour la journée des droits des femmes, c’est le moment de donner de la visibilité à des musiciennes que j’apprécie

Pour la journée des droits des femmes, c’est le moment de donner de la visibilité à des musiciennes que j’apprécie

Message des colleuses féministes de Marseille pour le 8 mars 2021

Je dois bien avouer que j’ai tâtonné pour trouver le titre adéquat. Quoi qu’il en soit, j’ai profité comme un bon putàclic du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, pour mettre en avant des groupes qui comptent une ou plusieurs membres féminines de premier plan. Cet article sera axé punk et hardcore, parlera de groupes connus et d’autres pratiquement anonymes.

Si, dans la musique pop, la popularité et la présence des artistes féminines sont je pense assez équivalentes à celles de leurs homologues masculins, ça reste bien plus compliqué dans les musiques saturées. Bien sûr, il y a eu des artistes majeures et influentes. Je pourrais citer Joan Jett et les Runaways, Kim Gordon (Sonic Youth), Kim Deal (The Pixies, The Breeders), Patti Smith, Debbie Harry (Blondie), L7, The Slits, Exene Cervenka (X) ou encore Joy De Vivre et Eve Libertine (Crass). Je pourrais faire un article entier sur Kathleen Hanna, les Bikini Kill et le mouvement riot grrrl. J’ai plutôt fait le pari de la découverte (a minima), des affinités musicales (surtout), et du temps d’écoute (beaucoup).

The Distillers

Impossible de parler des Distillers sans parler de Brody Dalle. Originaire de Melbourne en Australie, celle qui a choisi son nom de scène en hommage à l’actrice française a débarqué en Californie à 18 ans, fraichement mariée avec Tim Armstrong. Le leader des mythiques Rancid avait rencontré l’adolescente sur un festival australien, alors que celle-ci performait avec son groupe de l’époque, Sourpuss.

Tandis qu’elle sera très vite introduite dans le giron Epitaph Records, The Distillers sera signé par Hellcat Records, filiale d’Epitaph et création d’Armstrong. Au moment de la sortie de l’album éponyme en 2000, le groupe était composé de Brody Dalle à la guitare et au chant, de Kim Chi à la basse, de Rose Mazzola à la guitare et de Matt Young à la batterie, soit 3 membres féminins sur 4.

Après les sorties de Sing Sing Death House en 2002 et de Coral Fang en 2003, seule Dalle subsiste du line-up originel. Elle s’est ainsi entourée de Tony Bevilacqua à la guitare, de Ryan Sinn à la basse et d’Andy Granelli à la batterie jusqu’à leur séparation en 2006. Depuis 2018, le même quatuor a fait son retour sur scène et devrait sortir d’ici quelques mois un nouvel album.

Brody Dalle, c’est en premier lieu un look. Une crête ou des piques interminables, un rouge à lèvres pétant sur un teint blafard, un maquillage smoky eyes déstructuré et une affection pour tout ce qui est crop top et vêtements moulants en cuir. Bref, le genre de style que l’on aime copier lorsque l’on est une ado rebelle.

Mais Brody Dalle, c’est surtout une voix. Une tessiture lui donnant un côté « femme fatale » de cinéma. Un timbre rauque si caractéristique, si bien que l’on peut reconnaitre un morceau des Distillers dès le premier mot prononcé. Je trouve que cela donne une identité propre au son du groupe, surtout que Brody est capable de très bien chanter sans avoir besoin de forcer.

Tout ça a emmené la presse à la comparer à Courtney Love, car les médias aiment bien les comparaisons. Même lorsqu’elles sont parfois faites à l’emporte-pièce, voire qu’elles sont carrément ineptes. Qu’importe, The Distillers est un putain de groupe que j’ai appris à aimer davantage les années passant. Leurs trois premiers albums sont passés d’un punk déchainé et rythmé, semblable à Rancid ou Left Alone, à un chant moins braillé et à des compositions plus « posées », avec une plus grande variété dans le son. À leur apogée, ils réalisaient tout de même des tournées conséquentes et faisaient l’unanimité aussi bien auprès du public que de la presse.

Pour les thèmes abordés dans les textes, le premier album parle beaucoup de l’enfance et de l’adolescence difficiles de la chanteuse et de la rudesse d’être une jeune fille rejetée. Sing Sing Death House a pour thématique principale les révolutions et soulèvements engendrés par différentes populations à différentes époques de l’histoire. Enfin, le dernier album en date Coral Fang évoque en grande partie son divorce douloureux d’avec Tim Armstrong.

Pour clore ce chapitre, je suis obligé d’évoquer le 7″ sorti en 2019, contenant les titres Man vs. Magnet et Blood in Gutters, semblant préfigurer leur 4e album à paraitre. Disons que ça ne m’a pas vraiment plu. Cela ressemble davantage à l’album solo de Brody Dalle sorti en 2014, ou à l’album publié sous le nom Spinnerette – où l’on retrouvait également Tony Bevilacqua – qu’aux précédents opus des Distillers. Même si le fond est indéniablement punk, l’exécution, la production et le chant n’ont rien à voir avec le passé glorieux de la bande basée à Los Angeles. J’ai comme un mauvais pressentiment pour la suite…

The Interrupters

Encore une voix éraillée. Et c’est celle d’Aimee Allen, la figure de proue du groupe ska punk originaire lui aussi de Los Angeles. Menant jusque-là une carrière solo plutôt anonyme, sa rencontre avec les frères Bivona en 2009 aura été déterminante, puisque The Interrupters sera fondé deux ans plus tard.

Car ce projet est une affaire de famille : Kevin Bivona, guitariste (mais aussi ingénieur du son et multi-instrumentiste pour les projets musicaux et productions studio de Tim Armstrong), commença tout d’abord par écrire des chansons avec Aimee, qui deviendra plus tard son épouse. C’est dans un deuxième temps qu’il embarquera ses frères, les jumeaux Justin (basse) et Jesse (batterie) avec qui il jouait dans Telacasters, pour donner naissance aux Interrupters.

Signés également sur le label Hellcat Records, ils ont sorti à ce jour trois albums studio : The Interrupters (2014), Say It Out Loud (2016) et Fight The Good Fight (2018). Aujourd’hui, on peut les considérer comme des références du ska punk, jouissant d’une renommée internationale. Rien de bien novateur dans le style cependant : on est tout simplement dans la veine de ce qui se fait sur la côte ouest depuis l’âge d’or du genre dans les années 90 (surnommée « third wave of ska« ). Ici, pas de cuivre, mais le même mélange de riffs punk ravageurs et de rythmes ska frénétiques et chaloupés façon 2 tone. Avec le bonus supplémentaire : les clips à base de crew, de singalong et de backyard parties (oui, ça fait beaucoup d’anglicismes).

Ca n’en fait pas moins un excellent groupe, qui n’a pas son pareil pour mettre au point de véritables hymnes. À la longue, impossible de résister aux refrains de morceaux comme Take Back The Power, Family, By My Side, ou même Gave You Everything. Personnellement, je n’ai pas entendu de meilleur album dans le genre ces dernières années depuis Say It Out Loud, qui est d’ailleurs dans mes albums préférés de 2016. Son successeur Fight The Good Fight, bien que très bon (et dans mon top 2018), est quand même un cran en-dessous. Je trouve qu’on y entend plus de morceaux punk « traditionnels » : ce n’est pas forcément un défaut en soi ni une première pour eux, mais ça sort un peu trop de leur marque de fabrique (de mon point de vue).

Récemment, le groupe s’est fait remarquer par une reprise exceptionnelle du titre Bad Guy de Billie Eilish. Le ska a quand même ce chic de pouvoir transformer, voire bonifier, un paquet de morceaux (et que dire de ce passage au trombone 😍).

En ce qui concerne les textes, ils sont empreints d’esprit de revanche et de combativité, ils évoquent le mythe de la renaissance et veulent faire passer un message d’espoir et d’unité afin de surmonter les difficultés dans les relations humaines. Aimee a connu des situations difficiles, aussi bien familiales que conjugales, et s’est toujours servie de la musique comme d’un exutoire et comme un moyen de donner du sens à sa vie.

Pour finir sur une anecdote, je les avais vus en concert à Marseille quelques temps après la sortie du second opus. C’était au Poste à Galène (aujourd’hui Makeda), une salle qui peut accueillir moins de 300 spectateurs. Quelques mois après ça, les Interrupters étaient embarqués sur la tournée mondiale de Green Day pour assurer leurs premières parties. Depuis, la notoriété du groupe ne fait que croitre et il est désormais inenvisageable de les revoir tourner dans un lieu aussi exigu, même en Europe.

Walls of Jericho

WoJ, c’est un poids lourd de la scène hardcore/metalcore américaine. Originaire de Detroit, Walls of Jericho a plus de deux décennies de service au compteur, ayant écumé tous les gros festivals de par le monde, tournant à foison et ayant sorti jusque-là 5 albums studio. Le dernier en date, No One Can Save You from Yourself, a été publié en 2016 et m’avait bien plu. Il faisait suite au dénommé The American Dream de 2008, un skeud très moyen, avec un son metalcore un peu trop cliché et beaucoup trop produit.

Le groupe a pour chanteuse Candace Kucsulain, réputée pour sa voix puissante. Si elle est adepte du growl et du chant guttural, elle a également la capacité de chanter de façon douce et mélodieuse, comme on peut l’entendre sur les quelques ballades et morceaux acoustiques qui parsèment sa discographie. Physiquement, elle est plutôt petite mais très imposante, avec une masse musculaire sculptée par sa passion pour la force athlétique. Avec sa faculté à ne pas rester en place lorsqu’elle est sur scène et à invectiver le public tant qu’elle peut, cela lui confère une présence scénique qui sied à merveille au son puissant de son groupe et à sa capacité à sortir des riffs ravageurs.

Pour moi, la meilleure période de leur discographie est l’enchainement All Hail the Dead (2004) et With Devils Amongst Us All (2006). On y trouve des morceaux passant des influences hardcore old school aux sonorités modernes, des riffs tranchants alternant avec des parties beatdown bien lourdes, et toujours ce sens de la mosh part qui fait instantanément son petit effet. Jugez plutôt.

Pour la petite histoire, le nom du groupe est revenu sur le devant de la scène (si l’on peut dire) en 2019 quand son batteur Dustin Schoenhofer s’est fait gauler lors d’un contrôle routier avec plus de 270 kg de marijuana. Ça faisait beaucoup pour une seule personne quand même.

War on Women

Dans le lot, probablement le groupe avec le plus fort engagement féministe. Le droit à l’avortement, l’accès à la contraception, les inégalités salariales, le racisme, la transphobie ou encore la dénonciation des violences sexuelles et du harcèlement en ligne sont quelques-uns des sujets de prédilection de War on Women. Fondé en 2010 à Baltimore par Shawna Potter (chant) et Brooks Harlan (guitare), on y dénombre 3 femmes parmi les 5 membres du groupe.

Donnant dans un punk hardcore au chant clair et intelligible, le combo est engagé sur les questions féministes en chaque instant : dans les paroles de ses chansons bien sûr, mais aussi en proposant préservatifs et tampons hygiéniques au stand de merchandising. Cela passe aussi par faire de chacun de ses concerts un moment inclusif, où femmes et queers ne sont pas réduit-e-s à des porte-manteaux ou à servir de défouloir à des hommes qui ont beaucoup trop pris leurs aises.

Pour Shawna Potter, son engagement dépasse le cadre de la musique. Elle est la fondatrice d’une association luttant contre le harcèlement de rue, pour laquelle elle a occupé différents rôles et s’engage toujours en tant que bénévole.

Au niveau des albums, leur deuxième production Capture The Flag m’a beaucoup plu, alors que la dernière en date Wonderful Hell m’a clairement laissé sur ma faim. Mais pas de doute quant à l’explosivité des textes qu’elle contient.

Gouge Away

2 salles, 2 ambiances. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier les deux premiers LP du groupe originaire de Fort Lauderdale en Floride. Formé autour de Christina Michelle au chant et de Mick Ford à la guitare, Gouge Away propose sur son album de 2016 sobrement intitulé , Dies un hardcore rentre-dedans, appuyant un discours sociopolitique dans la plus pure tradition du style. Ainsi, y est dénoncé pêle-mêle le harcèlement sexuel, les violences policières ou encore le racisme systémique.

Puis en 2018 est sorti Burnt Sugar, deuxième album où les compositions penchent davantage vers le post-harcore et font plus de place aux tempos lents et aux autres horizons musicaux. Comme pour mieux accompagner ce virage, les textes y sont plus introspectifs, où Michelle évoque ses troubles psychiques et les problèmes de santé de sa mère.

Car le hardcore n’est pas que politique. C’est une musique qui a toujours fait la part belle au ressenti personnel et à l’émotionnel. C’est un style qui a toujours eu vocation pour celui ou celle qui tient le devant de la scène à pouvoir exprimer ses frustrations, ses doutes et ses peines, mais aussi parler de ses joies, de sa famille et de son crew.

On retrouve sur cette dernière galette des vocaux agressifs (cathartiques ?), mais également des passages mélodieux, doux à l’oreille. C’est après cette sortie que j’ai découvert et apprécié ce groupe, faisant de Burnt Sugar l’un de mes disques favoris de 2018.

Grumpster

Trio pop punk originaire de la baie de San Francisco, il est drivé par Falyn Walsh (basse/chant), accompagnée de Lalo Gonzalez Deetz (guitare) et Noel Agtane (batterie). Je l’avais déjà évoqué dans un précédent article, puisque leur titre Tunnel Vision a beaucoup tourné dans mon casque ces derniers temps.

Pour le moment, leur discographie se centre sur leur excellent album Underwhelmed sorti fin 2019, accompagné de quelques autres petites sorties autour. La qualité est en tout cas déjà au rendez-vous.

Je trouve ça assez marquant l’écart qu’il y a parfois entre leurs clips et leurs chansons. Les vidéos sont tantôt joyeuses tantôt enfantines, quand les thématiques des chansons tournent elles plutôt autour des troubles mentaux ou des difficultés dans les relations interpersonnelles.

Allez vite, un nouvel album pour confirmer tout le bien que je pense de Grumpster.

Mobina Galore

Ce duo batterie-guitare nous vient tout droit de Winnipeg, au Canada. On y retrouve Jenna Priestner à la 6 cordes et au chant et Marcia Hanson derrière les fûts et aux choeurs. Sur les réseaux sociaux, le groupe se décrit comme un « vocally aggressive power chord punk duo » et c’est ma foi un résumé plutôt juste. Le chant principal, souvent enroué, est quelque fois « poussé » à l’excès. Les compos sont simplistes, pleines de disto cheap, mais font mouche à chaque fois ou presque.

Le dernier album en date, Don’t Worry, est dans mon top 10 des meilleurs sorties de 2019.

Un petit binôme pop punk sans prise de tête, puisqu’à quoi bon s’énerver quand on peut partir prendre l’air au guidon de son vélo ?

Amygdala

Yole Centeno à la basse, Bianca Quiñones au chant, Carlos Zamora et Cesar Bernal aux guitares et enfin Alex Vazquez à la batterie : tel est le line up d’Amygdala, qui nous vient de San Antonio au Texas. Vous l’aurez peut-être compris, il s’agit d’un groupe composé exclusivement de personnes issues de familles de migrants hispaniques de 1re ou de 2e génération. Le quintette parle de patriarcat, de misogynie ou de racisme et oeuvre pour que les personnes de couleur et membres de la communauté queer trouvent davantage leur place dans la scène punk et hardcore.

Au niveau musical, Amygdala se définit comme groupe de punk hardcore, mais de mon point de vue il se tourne davantage vers le screamo, voire vers le post-hardcore (mais je suis nul pour définir les styles). Quoi qu’il en soit, les paroles reflètent l’expérience personnelle de Bianca et définissent ce que c’est d’être une femme de couleur dans une société profondément raciste et machiste.

Sincere Engineer

Honnêtement, j’aime beaucoup ce nom. Je trouve que ça sonne bien. Sincere Engineer, c’est en fait le nom d’artiste de Deanna Belos lorsqu’elle a commencé sa carrière solo, en s’accompagnant d’abord à la guitare acoustique. Puis, par la suite, elle a déniché d’autres musiciens pour former un vrai groupe et « électriser » un peu ses compos.

Son background punk se ressent dans sa musique, notamment l’influence de groupes comme Alkaline Trio ou The Lawrence Arms, originaires comme elle de Chicago. Ce punk typique du midwest est ici mâtiné d’influences indie rock et emo.

Au niveau de ses textes, ils évoquent aussi bien la dépression, des événements personnels racontés sous le prisme de l’autodérision que le fait de se réveiller avec la gueule de bois, la tête collée contre le carrelage de la salle de bain. Pour certains, ils sont même accompagnés d’un clip illustrant avec justesse les histoires mises en avant.

Rhombithian sorti en 2017 est, à ce jour, son seul et unique album studio. Il semble qu’un autre devrait suivre cette année. En tout cas, les quelques morceaux révélés ça et là annoncent une suite alléchante à son premier opus.

RVIVR

Ils ne donnent plus vraiment de signes de vie depuis 2017, et c’est bien dommage. Groupe de punk mélodique formé en 2008 à Olympia dans l’état de Washington, RVIVR (à prononcer « reviver« ) nous vient d’une ville connue pour être le berceau du mouvement riot grrrl et des mythiques Bikini Kill. Elle est également réputée pour être une cité parmi les plus accueillantes pour la communauté LGBT. Un terreau fertile pour y former un groupe engagé comme l’est ce quatuor.

Le combo repose de longue date sur Mattie Jo Canino et Erica Freas à la guitare et au chant et sur Kevin Rainsberry à la batterie. Le poste de bassiste a vu passer bon nombre d’hommes et de femmes, parmi lesquelles Sue Werner (aperçue aussi chez War on Women dont j’ai parlé plus haut, pour les deux du fond).

RVIVR parle ainsi dans ses chansons de l’égalité des genres, apporte son soutien à la communauté queer, ou évoque encore le traitement réservé aux minorités. Pour la petite histoire, Canino était consterné de constater que les prises de position politique de son ancien groupe Latterman étaient complètement ignorées, voire conspuées, par un public majoritairement masculin plus intéressé par le mosh.

Perso, je trouve qu’il y a une grande complémentarité entre Canino et Freas, que ce soit au niveau du chant (tantôt assuré à tour de rôle, tantôt en simultané) que du jeu de guitare. Des riffs rapides, des soli toujours bien sentis, et la notion de guitare lead VS guitare rythmique qui s’efface, chaque instrument semblant jouer sa partition indépendamment de l’autre pour mieux se compléter. Cela donne des morceaux ultra catchy comme l’est Wrong Way/One Way.

Le genre de chanson que l’on a envie de crier en prenant sa douche, même sans connaître les paroles.

Destroy Boys

Originaire de Sacramento, Destroy Boys est principalement mené par Alexia Roditis au chant et Violet Mayugba à la guitare. Différent-e-s musicien-ne-s se sont succédé à la batterie ou à la basse, ce poste étant aux dernières nouvelles vacant (on y a vu par le passé Falyn Walsh de Grumpster, tiens tiens).

Musicalement, on est quelque part entre le punk et le rock garage, saupoudré d’un côté grunge sur certaines compositions. Bien que se déclarant féministes, Roditis et Mayugba n’ont pas fait le choix d’en imprégner leurs textes. En effet, ceux-ci sont davantage le reflet de la vie quotidienne d’une adolescente et des soucis qui l’accompagnent. Assez logique finalement quand on a formé son groupe en 2015 à l’âge de 15 ou 16 ans.

Sinon, ce serait plutôt marrant que des gens prennent le nom de ce groupe au premier degré.

Thirdface

Le dernier en date. En effet, leur premier album Do It With A Smile est sorti le 5 mars 2021, soit quelques jours avant d’écrire ces lignes. Thirdface, c’est un quatuor hardcore nous venant de Nashville, une ville pas vraiment réputée pour ce genre musical. Il est moitié féminin et moitié masculin, puisqu’on y retrouve Kathryn Edwards au chant, Maddy Madeira à la basse, David Reichley à la guitare et Shibby Poole à la batterie.

Donnant dans un hardcore déstructuré, c’est un groupe qui risque de faire reparler de lui dans les années à venir. La thématique de leur premier opus tourne notamment autour de « l’esclavage salarié« , ou le fait d’accepter un emploi pour subsister plus qu’autre chose et d’être complètement exploité au quotidien. Une thématique qui risque également de parler à beaucoup de monde…

Glorious

Pas grandes infos sur ce groupe originaire de Londres, si ce n’est que c’est le side project des groupes Employed to Serve et Renounced, deux noms connus (parait-il) du metalcore britannique. Ici, il est question d’un hardcore plutôt old school, avec un chant féminin qui va bien. L’EP dénommé Unashamed est sorti en 2020 et constitue pour le moment leur seul enregistrement. Il contient même une reprise réussie du titre I Don’t Wanna Be Me de Type O Negative. Cela promet quand même une suite sympa, quand le temps viendra.

Ursula

Encore un groupe de hardcore bien vénère avec un nom basique. Venant tout droit de Californie, Ursula a ainsi sorti un album intitulé Meet is Murder (joli jeu de mots) en 2018, un EP Regurgitate (avec une reprise énergique du Salvation des Cranberries) en 2019, et un maxi Fickle en 2020. Tout ça doit tenir en une demi-heure d’écoute. Là aussi, il n’y a pas de quoi réinventer la roue, mais ça reste efficace. On alterne entre les morceaux rentre-dedans et ceux plus déstructurés, le tout bien soutenu par une voix féminine particulièrement corrosive. Allez, c’est l’heure de la distribution des mandales.

Le vrai combat : rendre chaque scène musicale plus inclusive

Parler des musiciennes, c’est bien. Mais permettre à des jeunes filles ou à des femmes de jouer, de chanter, d’écrire et de composer, avec l’ambition d’enregistrer et de se produire sur scène, c’est mieux. Ce qui est également souhaitable, c’est de faire en sorte que chacun et chacune, quels que soient son appartenance ethnique, son milieu social, sa sexualité, son sexe ou son genre, puisse trouver sa place dans la musique. Soit en la pratiquant, soit en la soutenant.

Combien de femmes/filles ont été moquées et découragées car elles ambitionnaient de jouer d’un instrument et d’intégrer un groupe ? Combien de musiciennes ont dû subir des remarques et des manœuvres sexistes lors de leurs apparitions ? Combien de spectatrices en concert ont été victimes d’attitudes inacceptables, du « trait d’esprit » poisseux aux comportements virilistes les plus grossiers ? Etc. Que chaque personne impliquée dans la scène (labels, organisateurs de concert, groupes, etc.) et que chaque spectateur respecte autrui serait un bon début. Que tout ce beau monde se montre enthousiaste à l’idée de donner de la visibilité aux « minorités », intègre celles et ceux qui veulent se lancer ou profiter de la musique sans leur dresser de barrières et prenne les devants face aux multiples agressions constatées et face aux obstacles mis en place.

Le punk et le hardcore sont des genres musicaux politisés où la place des femmes est – parfois – au même niveau que celle de leurs comparses masculins. Mais, comme la société dans son ensemble, il est compliqué de trouver un secteur – ici, un genre musical – qui ne soit pas touché par les cas de harcèlement, de misogynie, ou de violences sexuelles. Et comme dans le monde de la culture au sens large, comme dans le sport, ou comme dans les milieux journalistiques, de la communication et des affaires (liste malheureusement beaucoup trop longue pour être complète…), la parole commence à se libérer.

Certaines victimes témoignent courageusement dans les médias ou sur les réseaux sociaux avec le hashtag #MusicToo. Grâce à ça, les médias et le grand public commencent à prendre conscience de la gravité et de l’omniprésence des faits évoqués, et des artistes de renom commencent à être inquiétés, voire à être descendus de leur piédestal. Que ce soit dans l’industrie en elle-même ou dans leur vie privée, des affaires ont éclaté dans les milieux du rap, de l’opéra, du rock, du métal et bien d’autres styles encore.

Pour éviter que ce phénomène perdure, ça ne tient qu’à nous d’éduquer nos enfants, de prévenir les comportements à risque, de signaler les abus, d’écouter et de soutenir les victimes. Par ces quelques lignes, j’espère avoir apporté ma modeste contribution au changement des mentalités.

Ils auraient pu être cités, mais il fallait bien faire des choix (liste non exhaustive) :
groupes 100% féminins
Bad Cop/Bad Cop (punk, Californie)
L.A. Witch (desert rock/garage psyché, Los Angeles)
Nervosa (thrash metal, São Paulo)
Dream Nails (garage punk/riot grrrl, Londres)
Izia (artiste solo – rock, Paris)

groupes mixtes
Nashville Pussy (rock’n’roll/hard rock, Atlanta)
Mortality Rate (hardcore, Calgary, voir par ailleurs)
Punish Yourself (métal indus/punk électro, Toulouse)
Stinky (hardcore, Nantes)
The Dead Weather (rock alternatif, Nashville)
Kylesa (sludge/stoner, Savannah)
Amyl and the Sniffers (garage rock, Melbourne)
Manger Cadavre ? (crust hardcore, São José Dos Campos)
Jawstruck (hardcore, Santa Cruz)
Petrol Girls (post-hardcore, Londres)
Pogo Car Crash Control (grunge énervé, Seine-et-Marne)
Cheap Perfume (punk/riot grrrl, Colorado Springs)
Shit Present (emo punk/indie, UK)
Torso (hardcore, Californie)

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