Lou Koller ne hurlera plus et c’est d’une infinie tristesse

Lou Koller ne hurlera plus et c’est d’une infinie tristesse

Lou Koller dans le clip de Death or Jail

Bien qu’on ait pu s’y attendre, cette nouvelle n’en est pas moins douloureuse. Lou Koller, le chanteur du groupe new-yorkais Sick Of It All, est décédé il y a quelques jours à 61 ans, des suites d’un cancer de l’œsophage. Diagnostiqué en 2024, il était en rémission en début d’année 2025, avant une rechute à la fin de cette même année, pour la fin tragique que l’on connait désormais.

Originaire du Queens, il fonde avec son frère Pete à la guitare le groupe Sick Of It All en 1986. Aux côtés de leurs acolytes Armand Majidi (batterie) et Craig Setari (basse) qui complèteront le lineup dans sa forme la plus stable, ils deviendront des légendes d’une scène hardcore florissante dans le New York des années 80-90. Leur premier album Blood, Sweat and No Tears (1989) est déjà truffé de classiques qui garniront leurs prestations live tout au long de leurs quasi quatre décennies d’existence : Clobberin’ Time, Friends Like You, My Life, World Full of Hate, Injustice System...

Mais c’est avec leur troisième opus Scratch The Surface (1994), sorti sur une major, qu’ils font une véritable percée sur le plan international. Là aussi, on y retrouve un paquet de titres incontournables parmi lesquels le morceau éponyme ou Step Down, véritable hymne dont le légendaire clip aura formé des générations entières sur l’attitude à adopter lors d’un concert de hardcore.

En ce qui me concerne, c’est grâce à un épisode de l’émission d’Arte Tracks consacré au Fury Fest 2003 (ancêtre du Hellfest) que j’ai véritablement découvert le hardcore. Ça parle de 25 Ta Life (que j’ai aussi adoré avant que son chanteur ne devienne ultra-craignos), de Nostromo (que je connaissais/écoutais/aimais déjà), de Candiria (que j’ai exploré par la suite sans accrocher) et donc de Sick Of It All, avec une interview où Armand Majidi a été confondu avec Lou Koller.

Suite à ce reportage trouvé sur le net quelques années après sa diffusion, je me suis plongé plus en profondeur dans le genre et particulièrement dans sa version NYHC avec en plus de SOIA et 25 Ta Life, des formations comme Madball, Agnostic Front, Biohazard, Most Precious Blood, et de fil en aiguille les autres scènes américaines, européennes et françaises.

Ça tombait bien, puisque c’est à peu près à la même période que sortit Death To Tyrants (2006), 8e album studio, où se retrouve quelques autres morceaux marquants comme Take The Night Off, Machete ou Uprising Nation. Inutile de dire que je l’ai beaucoup écouté celui-ci, comme un peu toute leur discographie. Les deux disques précédemment cités évidemment, mais aussi tous ceux qui auront suivi et qui seront de fort belle qualité. En tout, ils auront enregistré 12 longs formats dont le dernier Wake the Sleeping Dragon! date de 2018.

Sick Of It All est peut-être le groupe « tête d’affiche » que j’ai vu le plus de fois en concert, du sud-ouest de la France au fin fond de la Slovénie. C’était toujours un excellent moment, et même les orgas étaient assez unanimes sur le fait que les types étaient des crèmes. C’est une formation véritablement taillée pour la scène, où l’explosivité de sa musique et le côté fédérateur de ses paroles prennent tout leur sens. Lou était là, au milieu des autres, avec la banane, une attitude toujours positive et le bon mot pour détendre l’atmosphère.

Leurs setlists faisaient la part belle à toutes les époques, elles savaient varier les plaisirs même quand il n’y avait pas eu de nouvelle sortie depuis un bon moment. Ils laissaient parfois au public le loisir de choisir le prochain morceau, parce que c’est comme ça que ça fonctionnait avec des mecs aussi abordables et fidèles à l’esprit du hardcore.

Si je devais choisir mon morceau préféré, ce serait certainement Scratch the Surface. Rien d’original puisque c’est leur titre signature, mais il faut dire que c’est une excellente chanson qui déclenche l’hystérie à chaque show à coup de wall of death.

Ce serait évidemment trop long de parler de tous leurs « tubes » emblématiques, mais j’ai beaucoup pensé à World Full of Hate autour de l’année 2015 et de ses attentats.

Enfin, j’ai envie d’évoquer Injustice System. Car son décès, c’est encore une foutue histoire américaine. Un cancer. Une cagnotte. Plus de rentrée d’argent pour ses camarades et lui-même car dans l’incapacité d’exercer leur métier. Une couverture santé qui marche dans le New Jersey où il vit mais pas à New York juste en face. Tout ça, sans guérison à la clé…

There are those who change the laws
For gain and furthering their needs
A small group possess the power
A minority dictating what’s good for the majority
Money has the real influence
Without it what we say don’t make a difference
I won’t tell you to give in
But to me there’s got to be a better way to fight for our rights
And to have our say
To choose for ourselves
And not be led around blindly on a short leash

Merci Lou pour la musique de qualité, pour les bons moments partagés sur scène, pour avoir été présent lors de nombreux moments de ma vie depuis l’adolescence. Repose en paix et, pour détourner légèrement les paroles de Built To Last : « your impact will be felt for ever« .